Bon, allez, c’est reparti…

Il est 5h48 et je suis enfin dans un état de fatigue suffisant pour ne plus avoir assez d’énergie à donner à ma peur de… je ne sais même pas vraiment quoi, mais un truc qui m’empêche d’écrire. Peur d’être jugé, rejeté. Et le rejet, dans la tête d’un enfant coincé dans la cellule familiale, ça signifie la mort. Alors il apprend à porter le masque, à devenir et être le masque tout entier que ses parents veulent voir, tout comme ses parents, étant enfants, l’ont fait pour leurs propres parents… et la mutilation identitaire cascade ainsi de génération en génération depuis que des singes se sont mis à parler…

Bon, alors, qu’est-ce que je voulais dire, déjà ? Merde, je ne sais plus… Attends, comment a commencé ma pensée qui m’amène à écrire un nouvel article ? Je venais de finir l’épisode 6 de la saison 5 de Marvelous Ms Maisel…

Oh la la, alors là trois nouvelles pensées se bousculent pour arriver en premier au bout de mes doigts. La première, c’est que les créateurs ont peut-être voulu l’adjectif « Marvelous » pour que, quand quelqu’un recherche un film « Marvel » sur son navigateur de streaming ou internet, il y ait une chance que, dans le résultat des recherches, un peu après les premiers films Marvel où ses des gens costumés qui ont des pouvoirs pour tuer des gens pour protéger la dictature techno-marchande américaine (et plus généralement occidentale, et plus généralement la mondialisation), il y ait cette série qui apparaisse, et que les gens qui voulaient voir un film Marvel se disent « tiens, et si on essayait pas ça ? ». Marketo-malinx.

La seconde, oui, ma foi moi-même je suis enfant-rouage de la dictature techno-marchande, et je vis une vie par procuration en regardant des séries. Dans la vraie vie, j’ai peur, je me retiens sans cesse de dire des choses, d’exprimer des émotions, du coup, je ne vis aucun drame. Mais pas drame au sens « drama », genre des gens superficiels qui sont jaloux pour des choses telles que porter les mêmes vêtements et dire à l’autre qu’il a volé son style, ou être triste de ne pas être remarqué par quelqu’un d’autre. Drame dans le sens conflit, parce que des valeurs s’incarnent. Des forces s’affirment et s’entrechoquent (dans un dialogue oral, a priori).

Par exemple, si à la place de dire « bordel de merde mais c’est de la giga-connerie de croire que l’alternative à la mondialisation (la dictature techno-marchande), c’est revenir aux « valeurs nationales où les hommes étaient des vrais hommes et les femmes étaient des vrais femmes », c’est de la connerie proto-fasciste qui fait que deux pays pensent comme ça, une génération plus tard ils font une guerre totale, parce qu’un « vrai » homme, selon toi, doit conquérir, ne tolère pas ce qui est différent et s’efforce de ne ressentir aucune émotion, donc la solution logique pour lui, c’est de tuer ce qui lui fait peur… Et une guerre, comme on le sait depuis la guerre froide, ça escalade jusqu’à un hiver nucléaire sur toute la planète pendant 500 ans, sombre con » (et je parle même pas des stades intermédiaires où il y a une police fasciste qui jette les gens dans des camps de travail ou les tuent parce qu’ils sont noirs, gays ou expriment le moindre avis différent d’adorer un leader suprême… classique, classique, et absolument dégueulasse (mais qui ne heurte pas un proto fasciste qui serait du côté de la police fasciste qui fait tout ça…)… Donc, si, à la place de dire ça, je ne dis rien et je rentre chez moi, je n’aurai incarné aucune force, qui ne serait pas entré en rapport avec l’autre, en l’occurrence un débat, un conflit où les mots sont dits, où des émotions sont vécues. Alors, puisque je n’aurai pas vécu de passions par moi-même, il me faudra les retrouver par procuration dans des séries où des gens le font devant une caméra…

Rho mais c’est bon, c’est ok si j’y arrive pas toujours. En vrai, c’est trop exigeant de toujours être prêt et avoir l’énergie de débattre avec quelqu’un… Surtout quand ses idées sont aussi monstrueuses… C’est normal de choisir ses batailles, et renoncer à d’autres… Je me juge trop durement (par exemple là je me juge d’utiliser les mots « choisir ses batailles » qui est un vocabulaire belliciste qui nourrit un imaginaire de droite qui oh Je m’expérimente comme objet performatif. Je suis Technique. (Par exemple : mon paramétrage à appliquer en toutes circonstances : toujours combattre les idéologies technomnicidaires ou facholocostiques, ou jamais utiliser un vocabulaire évoquant un rapport de force violent,…)

(hihi mais bon je me dis que c’est ok mais l’urgence de régresser dans le fascisme ou de foncer dans le turbo-écocide n’aide pas à rester serein quand je renonce à affirmer tout ça et céder du terrain au Feu-qui-se-rapproche (si justement on ne lui oppose pas l’eau de l’amour et de la liberté…)

La troisième idée, ah bah voilà c’était de résumer l’épisode. Ou une partie de l’épisode… Mince, non, en fait, pour que ça soit un peu cohérent, mon propos, là, qui va s’inscrire dans la matière selon une succession de tippidy-tippy-tip de mes doigts sur le clavier, comme une sorte de pluie chorégraphiée par des serpents avec des têtes d’ongle, c’est d’abord de résumer l’histoire de cette série toute entière. Ok. Exercice de synthèse extrême, c’est parti :

À New-York, en 1958 ou 9, Midge pète un câble après que Joël, son époux la quitte. Elle se bourre la gueule dans un bar et commence à raconter à quel point sa vie se casse la gueule, et là Suzy l’encourage à monter sur scène pour genre vraiment le dire comme il faut, et c’est un peu le début du stand-up.

Après moult péripéties, Midge et Suzy deviennent de supers amies. Midge devient une comédienne professionnelle qui fait du stand-up, ainsi que d’autres trucs dans le show-biz et Suzy devient sa « manager », comme disent les américains. (Youpi, vive la propagande d’Hollywood #Adorno (dont je n’ai vu qu’un youtube essay, youpi vive la simplification des idées de la Silicon Valley (ben qu’il y ait un truc potentiellement merveilleux avec la simplification et la circulation des idées par le monde virtuel, c’est juste que c’est pas visibilisé de façon ouf avec les rabbit holes, le « attention targetting » bref))).

Et voilà, ça c’est le fil rouge de la série. Et, dans l’épisode 6 de la saison 5, il y a des flash-futurs et les deux percent comme jaja. Mais, on y découvre de terribles machinations (autant comme dans le Parrain que comme dans Hard Times, vu qu’on est à New York).

Suzy, pour s’établir en tant que manager, se fait aider par deux mafieux, que je vais appeler, par défaut de mémoire, mafieux A et mafieux B, voir même « les deux mafieux ». Ils lui trouvent un appartement à transformer en espace de travail. Ils intimident ou cognent des gens qui programment des spectacles pour qu’ils laissent changent la programmation des spectacles, genre une partie de la soirée, voir un théâtre tout entier est laissé (par la (menace de) violence) aux artistes que Suzy managent, etc.

En échange, c’est la classique de la mafia : Suzy donne aux mafieux une partie de l’argent qu’elle gagne. Le deal est le suivant : sur les 100% de l’argent (oh la la on y reviendra sur le Behemoth Mammon… Figure symbolique du refus de l’être humain à se servir de sa liberté pour juger lui-même de la valeur d’une chose, en dialoguant avec l’estimation de quelqu’un d’autre…!) euh donc sur les 100% d’argent, là, des dollars, voilà, mdr, des chiffres sur du papier que Midge gagne en faisant des blagues sur scène, eh bien Suzy gagne 45%.

Mais en fait, non. Suzy garde 15% et donne les autres 30% aux mafieux (qui reversent évidemment à leur supérieur, hein, parce qu’avec l’argent, cette unité de mesure de la valeur des « choses-services », ben le ruissellement se fait à l’envers, si jaja). Et Suzy ne le dit pas à Midge. Elle ne donne pas les détails de l’accord financier qu’elle a avec la mafia.

Mais par contre Joël, l’ex de Midge, qui est resté pote avec elle (et franchement tout le monde s’étonne de ça dans la série alors que pour moi c’est extra naturellement pareil avec Sandra, qui est ma meilleure amie depuis extra longtemps après notre rupture de type couple hétéronormé dans l’idée de vivre en communauté à 2) Joël, donc, l’apprend. Il apprend cette histoire de mafia qui « own Midge », genre il la possède. En plusse de la thune qu’ils se font sur son travail (son être agissant), tels des actionnaires d’une entreprise, ils demandent à Suzy de l’a faire jouer dans une pub pour déchetterie parce que « ça fait marrer le boss » (eux mêmes sont soumis aux caprices de leur chef mafieux). Et Joël ne supporte pas ça. Et il essaye d’en parler à Midge, mais sans vraiment être clair. ça c’est chiant, quand on essaie de confronter quelqu’un à quelque chose, mais sans dire clairement « deux mafieux prennent un pourcentage de ce que te paie des possesseurs de salle de spectacle » non, il dit genre « tu devrais faire attention à tes fréquentations, là, mafieux A et mafieux B, ils sont louches ». Et elle se braque, parce que bon, c’est de la merde de dire « fais attention… », genre donner un ordre, plutôt que « j’ai peur et je suis triste que des gens prennent ton fric… ». Bref, vu que ça donne rien, il va voir les mafieux tout seul, comme un bon mexis qui pense qu’il doit tout régler tout seul, sans d’abord partager ses émotions avec une communauté, il passe plutôt à l’action dangereuse dont mille scénarios existentielles (Hollywood, on se rappelle) le font croire qu’il doit être un individu héroïque qui change le court de l’histoire par sa seule force, violente, souvent. Et il propose à la mafia d’être lui, son legit business de bar-cabaret, une source de revenu pour la mafia à la place des revenus de Midge (car son arc narratif, c’est qu’il quitte son taf pour ouvrir un bar-cabaret et il y parvient, mais aussi d’ailleurs avec une histoire de mafia chinoise… mais bon, tout ceci, ce sont d’autres ressorts pour « s’approprier un lieu »… des ressorts très semblables à ceux de la dictature techno-marchande, où il s’agit de s’affilier aux valeurs de la « famille » des occidentaux post-moderne : accepté d’être isolé, performant, sans émotion, de communier dans l’argent, de se vendre comme force de travail,…). Bref, il propose d’échanger Midge contre lui, comme source de revenus à la mafia et la mafia accepte et ne prélève plus de pourcentage sur l’argent donné à Midge pour ses blagues.

Mais plus tard, dans un flash futur, la mafia livre Joël à la police parce que… je sais pas, il refuse de leur obéir à un moment donné plus tard ? Ou alors, il sert de bouc-émissaire pour une autre affaire. Genre la mafia commet un crime. La police l’apprend. Un accord entre la police et la mafia fait que, d’habitude, la police ne s’en mêle pas mais là, genre un flic dit « là c’est trop gros, ça va se voir qu’on est corrompu (c’est à dire qu’un flic corrompu n’est plus exclusivement un homme de mains de la classe politique / capitaliste isolé, performante, sans émotion,…), il faut que vous nous donniez un coupable » et là, la mafia va dans sa liste d’obligés de type comme Joël et voilà, tous le blanchissement d’argent que la mafia a fait dans son bar, ou alors la cave où ils ont tapé des gens, ben c’est la mafia elle même qui balance les preuves en faisant passer Joël pour le cerveau (d’ailleurs, je dis « la mafia », mais il y a mille organisations criminelles différentes, déjà plein par villes, etc, c’est pas non plus un État-Nation ou une multinationale, hein… d’ailleurs même ses entités hallucinées, on les distingue avec des noms comme « Suède » ou « Péru » ou bien « Coca-Cola » ou « Nestlé », donc bon « la mafia », c’est le niveau zéro de l’analyse pour nommer le phénomène… les phénomènes, du coup !). Bref, Joël se fait livrer à la police.

Bon, bon,… En me relisant, je remarque qu’on a tôt fait de penser que fait que je vois l’État-nation ou une entreprise comme une mafia. C’est en partie vrai, mais c’est certes un peu simpliste. À l’inverse d’une mafia, un état moderne n’a pas droit de vie et de mort sur les gens, quand même. Certes, certes, il y a quand-même deux-trois institutions qui prennent encore au sérieux la valeur de la vie humaine, qui vaut pour elle même.

Et donc, le FBI débarque dans une synagogue pour embarquer Joël, et vu que c’est pendant une cérémonie sacrée pour Joël, il a l’air de pas trop vouloir faire du foin pour leur résister. Mais avant l’arrivée du FBI, il a senti qu’il s’est fait entourloupé par mafieux A et B, et il a écrit une lettre qu’il donne à Midge avant de se faire embarquer. Et Midge apprend toute l’histoire. Et elle est méga en colère contre Suzy, et elle, elle dit que sans elle, elle serait rien… Et leur amour se brise… Et moi, à ce moment, j’étais très triste devant ces pixels qui changent de couleurs sur mon écran d’ordinateur pour me donner l’illusion que des gens qui font illusions d’être d’autres gens devant une caméra c’est vraiment une histoire qui a existé dans la vie. Mais en même temps que c’est illusoire, c’est aussi merveilleux comme un récit peut changer ma compréhension du monde… Mais en même temps, c’est un peu con si ça change juste ma compréhension et que j’en fais rien dans la vie, et que je reste dans le carrousel du travail, de la consommation et du repos sans rien dire. (Mais justement, c’est l’idée d’au moins dire quelque chose sur ce site internet). Au moins une force s’incarne par la parole, enfin en l’occurrence par l’écriture… C’est un début.

Mais ouais donc je suis dégouté de découvrir comment le fric détruit l’amitié entre Midge et Suzy… Et ce show-biz qui, soit par connivence avec des gens de pouvoir dans la loi ou des gens de pouvoir hors la loi, est pourri. Et des gens pourris par le pouvoir et le fric gravitent autour de gens qui par exemple font des blagues ou des gestes précis au moment où une caméra tournent (des stars) et alors les gens pourris sont là « c’est super ce que tu fais » mais surtout ils l’encouragent à avoir du succès pour se faire du fric. Au lieu de par exemple avoir une scène culturelle conviviale où tout le monde est un peu artiste et on se fait des spectacles par quartier chaque soir, et les plus appréciés deviennent itinérantes, mais il y a tellement d’itinérants que les gentes appréciés de tel quartier du monde arrivent toujours dans tel autre quartier, et il y a une chaîne infinie de ces gens qui font des blagues ou qui bougent leur corps de façon talentueuse qui voyagent partout pour faire leur art, et il n’y a plus besoin de la captation et la retransmission par les machines que sont les caméras et les écrans, quoi. Et donc plus besoin de complexe industrielle écocidaire. Nice.

En plus, l’épisode en rajoute une couche. C’est que, tous ces flash-futurs arrivent et dedans, il y a des flash-backs, et tout ça se passe pendant une sorte de gala, de soirée en l’honneur de Suzy en 1990, après une carrière de manager hyper réussie selon les critères de réussite de la dictature techno-marchande, c’est à dire qu’elle a de l’argent et qu’elle a produit des films, ou autres objets-service-spectacles… Donc elle a du succès avec les choses, genre l’argent et des marchandises, mais pas avec les Vivants, genre les humains, les animaux et les végétaux. Et c’est affreux, car, pendant ce gala, les grandes gueules que sont les autres artistes et les autres managers sont, comme le dit Midge, « appropriately inappropriate » et les autres invités adorent ça. Le show biz, où s’entremêlent toujours des horreurs de profit, pouvoir, et les gens se trahissent, eh ben même ça, ça sert à faire du spectacle où les gens s’insultent et se détestent, mais savent le tourner en vanne, genre pas avec un mépris ou une rage sans filtre, mais avec ironie, et tout le monde s’amuse de les entendre s’insulter avec le sourire.

Horreur et folie.

Ah oui, je me souviens maintenant de la suite de ma pensée. C’était qu’il fallait déjà que j’écrive tout ça en écriture automatique, et qu’ensuite je me relise et que je remette en gras des phrases qui m’inspirent un nouvel article pour la prochaine fois.

Et après, parmi ces articles, j’ai le sang d’Alex. (Et aussi, des articles ici pourraient être tout simplement le squelette d’Odeg (ses souvenirs d’Agdaga + Cap sur Agdaga) ainsi que le squelette de Vhertox.

Voilà, et c’est tout. Je sais même pas si j’ai envie de faire de la pub de tout ceci.

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