Trois mois après sa fugue, Vao travaille à la Taverne du Dragon Convexe, dans un caveau d’une ruelle du port de Vésouille-les-Eaux-Troubles. Il passe ses journées à servir de chopes des bière ou de bols en bois au potage savoureux, à servir des marins qui boivent leur paie en brayant des chants dans toutes les langues du monde, à servir des paysans qui s’encanaillent après le marché, avant de retourner en campagne, à servir des mendiantes qui s’improvisent guide contre une bière ou quelques piastres, à se désoler de femmes qui remboursent l’ardoise de leur mari en les secouant pour qu’ils désaoûlent, à enjamber des enfants orphelins qui se battent pour récupérer le premier un mOrceau tombé par terre, à refuser qu’on lui prenne la main pour y lire son avenir, à retenir son souffle quand on lui met la main aux fesses.
Au Dragon Convexe, ça boit, ça s’engueule, ça se bagarre… et ça se tue, parfois ! Mais là, Vurlif, le patron gueule un peu et après ‘faut faire une collecte de piastres pour soudoyer les gardes et zou, on vend le corps à l’université de médecine de Vésouille et hop, on rembourse à tout le monde sa contribution au pot-de-vin.
Pendant les heures creuses, Vao nettoie les lieux et fait la vaisselle à la fontaine de la cour intérieure. À la nuit tombée, il s’effondre sur un tas de foin sur dans une petite pièce au sous-sol, à côté de la cambuse. Il n’a pas choisi de dormir sur un des hamacs, car il se lève souvent la nuit pour faire pipi et ça l’embête de descendre. À l’inverse de ses collègues :
Marzi, la belle-fille du patron, 14 ans, maladroite et distraite au point qu’elle ne semble pas même remarquer quand on lui met la main aux fesses. Elle fredonne des chansons mélancoliques à peine audibles dans le bruillard de la taverne.
Skarsnik, une sculpture de lune grimaçante ayant pris vie quelques mois auparavant suite à un incident magique. Très grossière, pas très efficace au service, mais attire de la clientèle.
Et Fulbio 39 ans, un vieil ami du patron qui a sombré dans l’alcoolisme depuis plus d’une décennie. Il est lent et garde en partie pour .lui-même l’argent des clients. Cependant, c’est le seul qui ose s’interposer dans une engueulade, mais souvent pour l’envenimer et se bagarrer. Il ne conserve son poste qu’en mémoire du passé où les deux hommes, et d’autres, fripouillaient le pourtour de la mer terramédinnée.
Ce soir-là, Vao titube avec peine, sa paie serrée dans son poing ; quelques piastres d’un alliage inidentifiable. Il soulève le tas de fétus de paille qui lui sert d’oreiller, ainsi que de cachette à ses modestes économies pour acheter un billet de train afin de rentrer chez sa famille, à Zobliblobo. Mais hélas, ce soir-là il ne trouve plus rien de la vingtaine de piastres accumulées ces derniers mois.
– Rho noooon, s’exclame-t-il pas trop fort, de peur de troubler le sommeil d’éventuels dormeurs. Mais elles sont oùùù ?
– Tu cherches quelque chose, demande Skarsnik, hilare, depuis son hamac, en faisant danser une des pièces recherchées entre ses doigts phosphorescents.
– Mes piastres, Skarsnik ! J’ai perdu mes piastres !
– Perdu ? Perdu, tu dis ? HAHAHAHAHA ! T’es vraiment trop marrant, Vao !
– Tu veux pas m’aider à les chercher ?
– HAHAHAHAHAHAHAHAHA ! Complètement con, le gamin !
Parfaitement insensible à la moquerie de son probable voleur, le jeune Humain continue de chercher un moment ses piastres au sol. En se prenant des échardes du plancher dans les mains et les genoux, il maugrée :
– Rho mais non… non, non, nooooon !
Avant d’abandonner et sortir dans la rue éclairée à la tOrche, observer les honnêtes gens rentrer chez eux et les autres en sortir. L’adolescent se demande si la perte de son argent n’est pas un signe de son dieu l’Incréés qui ne veut pas qu’il rentre tout de suite, qu’il y a quelque chose à faire à Vésouille… Mais quoi ? Soudain, un vieil homme s’approche de lui et le saisit par le coude avec une main très grande. L’inconnu porte une toge orange à capuche, qui cache la moitié de son visage dans l’ombre, tandis qu’une longue barbe grise cache l’autre moitié. D’une voix grave et tendue par l’urgence, il lui dit :
– Vite Vao ! Viens avec moi si tu veux vivre, car tu cours un grave danger !
– Hein ? Quoi ? Mais on va où ? Et comment vous connaissez mon nom ?
2 jours plus tôt
À trente minutes de rame au large Vésouille-les-Eaux-Troubles, sur l’une des nombreuses petites îles de la baie, le vieil homme qui avertira Vao d’un grave danger dans deux jours se dispute avec un officier de l’armée de Moremmasse. Ils se sont réunis en secret dans un laboratoire d’alchimie du Collège de Magie de Vésouille, un complexe de bâtiments au style gothique, si vaste que ses ponts enjambent plusieurs îlots.
Les deux Humains s’énervent en chuchotant, parmi des cuves pétillantes d’un liquide orange, distillées dans un réseau de tuyaux, d’alambics et de rigoles qui esquissent à même le sol de complexes motifs dans deux anneaux et un pentagramme.
– Mais officier Pvirk, siffle le vieil homme barbu, pour que mes recherches avances, j’ai besoin de plusse d’esclaves !
– Ne me parlez pas sur ce ton, Baftalip ! Dois-je vous rappeler que je peux arrêter de vous protéger et vous livrer à l’Inquisition ?
En entendant ce mot, Baftalip se raidit. Il retient sa main d’aller sur son torse et d’ouvrir son vertox, cet étrange clapet à même sa chair qui, en se soulevant, révèle un mandala aux arabesques spiraliques. Le vertox aspire alors le mana qui flotte dans l’air et l’injecte dans le sang de Baftalip par des courroies aux aiguilles plantées dans ses veines. C’est toujours ainsi que commence l’incantation d’un sortilège. En l’occurrence, Baftalip contemple l’idée de carboniser son interlocuteur avec une boule de feu. Mais il se contient et laisse retomber ses mains le long de ses tibias.
– Je vous prie de m’excuser, officier Pvirk…
– Mh. C’est mieux.
– Cependant, notre problème demeure. Si vous ne me livrez plus d’esclaves pour mes tests de possession de corps, je ne pourrai jamais vous fabriquer vos armes…
– Déjà, essayez de les garder en vie plus longtemps, sale barbare médiéval !
À nouveau, Baftalip serre les poings pour s’empêcher de tirer une boule de feu.
– Je vous ai déjà dit que c’est impossible…
Les deux Humains se toisent à nouveau, les yeux plissés par le mépris et l’embarras d’être fOrcés à collaborer.
Pvirk, officier de l’armée de Moremmasse, la quarantaine, mine sévère, rasé de près et vêtu d’un uniforme gris, se réunit secrètement avec le mage pyromancien Baftalip, ce qui est contraire au credo de la religion chitramache qui condamne toute forme de magie, et même d’avoir commerce avec un magicien.
Malgré sa dévotion, la guerre est exigeante. C’est pourquoi l’état-major de l’Ost Purificatrice a chargé Pvirk de soudoyer les services de certains mages renégats pour qu’ils fabriquent de nouvelles armes.
Baftalip le pyromancien a accepté car l’armée de Moremmasse le protège de l’Inquisition d’une autre religion, la religion Punédaille, qui le traque depuis qu’il a été chassé du Collège de Magie de Kükensbruck après avoir pratiqué de la sOrcellerie interdite. Mais surtout, l’armée de Moremmasse lui a donné un laboratoire, des sujets d’expérience et même des mercenaires Orcs afin de mener ses travaux à bien. Une fois que ce sera fait, Baftalip en profitera tout naturellement pour regagner son autonomie en incendiant tout sur son passage.
En plus de son chapeau pointu, sa longue barbe, sa toge déboutonnable et ses tatouages, sa nature de mage se devine à la longueur de ses bras. En effet, dans le monde de ZGLONG, les Humains qui absorbent de la magie souffrent d’une maladie appelée la manamorphose, dont l’un des (moindres) symptômes prolonge douloureusement la croissance osseuse des bras et des doigts. Ainsi, debout les bras ballants, Baftalip peut toucher sous ses genoux.
Le pyromancien soupire, puis demande :
– Alors, comment je fais, moi, si vous ne me ramenez plus personne ?
– Ce n’est pas mon problème. C’est le vôtre. Soyez créatif.
– …
– Et dépêchez-vous, Baftalip, grince l’officier Pvirk, glacial. Je commence à perdre patience. Et vos amulettes jeteuses de feu tuent presque autant nos soldats que l’ennemi ! Donc on arrête les conneries et on se concentre sur le projet homme-flamme, vu ?
Et de quitter les lieux, à grandes enjambées martiales, soulagé de quitter ce lieu sacrilège.
À nouveau seul dans son lieu de travail, Baftalip enfile un gant couvert d’écailles et plonge sa main protégée dans un des récipients rempli du liquide orange fumant qui ruisselle jusqu’au sol. Il en retire un anneau rougeoyant qu’il pose sur une table en pierre et laisse refroidir.
En enfilant la même tunique orange que Vao verra plus tard, le pyromancien s’exprime à l’attention d’un chat borgne perché sur une poutre près du plafond, dans un langage chantant et incompréhensible ici traduit :
– Va dire à Tralaïk qu’on revient aux bonnes vieilles méthodes.
Un jour plus tôt
– Vite, Drid ! Suis-moi si tu veux vivre, car tu cours un grave danger !
– Hein ? Quoi ? Comment vous connaissez mon nom ?
– Bon sang le temps presse, Drid ! Vite, je t’expliquerai en chemin, viens !
Dans la pénombre d’un soir qui se dispute avec les lumières des tOrches le règne d’une rue aux pierres encore chaudes, Baftalip le pyromancien, recouvert de sa grande toge à capuche orange, attrape le coude d’un adolescent inconnu. Le vieux fOrce le jeune à marcher rapidement parmi les ruelles fleuries et encombrées de Vésouille, gorgées d’une foule certes encore animée et bavarde, mais néanmoins de plus en plus soucieuse de regagner la sûreté relative de leurs pénates.
– Tu cours un grave danger, Drid ! Poursuit le mage en forçant le chemin devant lui. Malganis le Fourbe veut–hé, poussez-vous !– Malganis veut te tuer ! Oui, te tuer ! Et il a envoyé sa horde d’Orcs meurtriers à ta poursuite !
– Quoi ?! Mais je– Ouh ! Aïe !– j’ai rien fait ! Proteste Drid en fronçant son visage acnéique.
– Ce n’est pas pour ce que tu as fait, mais pour ce que tu –rah ! Faites place ! PLACE-EUH !– mais pour ce que tu risques de faire plus tard ! C’est toi, tu es l’élu ! OUI ! L’ÉLU !
– Hein ? Quoi ?
Baftalip s’arrête quelques instants pour saisir Drid par les épaules.
– Tu es l’élu de la prophétie, Drid ! C’est toi que les dieux ont choisi pour rétablir le bien sur ZGLONG ! Et Malganis, le Seigneur des ténèbres, veut te tuer afin que plus rien ne s’oppose à sa domination !
– Hein ?! L’élu ? La prophétie ? Euh… Vous êtes sûr que vous me confondez pas avec quelqu’un d’autre ?
– Allons, Drid… ça ne t’est jamais arrivé de sentir que tu n’es pas comme tout le monde ? Que tu es promis à quelque chose de… différent ? Que tu mérites… mieux ?
– Ou-oui, c’est vrai ! Répond le jeune Drid après une hésitation. J’ai toujours su que j’étais différent !
Baftalip reprend la course à vive allure, en regardant souvent derrière lui. Les deux Humains filent dans le dédale de ruelles autour du port de Vésouille et ses nombreux ponts qui enjambent les canaux de la cité. L’ensemble des toits de certains vieux bâtiments de l’âge des Nymphes esquisse encore des vagues de la mer. Mais le manque d’entretien, les réparations de fortune en bois disparates et les nouveaux bâtiments cubiques de Moremmasse cassent l’harmonie originelle.
– Tu as un grand destin et Malganis veut t’empêcher de l’accomplir, car un jour, tu causeras sa perte ! Oui, tu causeras sa perte grâce à ton pouvoir ! Oh non, vite, par ici !
– Mais… je ne sais pas me battre !
– Oh, si, mais ton pouvoir est encore enfoui en toi. Je peux t’aider à accéder à ton véritable potentiel. Vois-tu, je suis Taldir, archiprêtre de Zebi, le Dieu oublié de la Flamme Éternelle et–SHHH-TH-AAAH ! Siffle une flèche en se fichant dans l’épaule du vieil homme.
– Ah, je suis blessé ! Gémit Taldir/Baftalip.
– Oh, non !
– Drid… argh… Ton père… Ton père n’est pas ton vrai père.
– Ahhh ! À l’aide ! À l’aide !
Autour d’eux, les passants comprennent la tentative d’assassinat et se pressent pour disparaître, mais sans trop paniquer non plus, car là une scène assez courante à Vésouille-les-Eaux-Troubles.
– Argh, vite, par là ! Nous n’avons plus beaucoup de temps, poursuit Taldir, en courant plus lentement, courbé par la douleur. Écoute moi, Drid ! Ta mère a… rencontré Zebi, le Dieu de la Flamme Éternelle. Et elle est tombée enceinte de toi. Ce n’est qu’après qu’elle a rencontré l’homme que tu crois être ton père, et il a promis de garder le secret.
– Nom de dieu mais il est où ce maudit archer ?! Lance Drid en scrutant les hauteurs obscures des ruelles.
– Drid ! Continue Taldir, moins préoccupé d’être pris pour cible. Ton père n’est pas ton vrai père !
– Hein ?! Et c’est toi ta mère la p–
— Drid ! Tu es un demi-dieu de la Flamme Éternelle !
– Oh !
– Oh non, Drid ! Regarde là-bas ! Voilà les Orcs de Malganis ! Le temps presse !
– AAAH !
Dans les ténèbres zébrées par les tOrches aux murs, des silhouettes massives bousculent tout sur leur passage. Les bribes de lueur révèlent de terrifiants guerriers mi-ours mi-champignon mi-pOrc, pour la taille, la peau et la dentition respectivement. Deux d’entre eux s’arrêtent un instant et deux flèches vibrent dans le noir et frappent le mur, tout près de Drid, qui se crispe de terreur.
– îîîî ! gémit-il.
Taldir-Baftalip le tire plus fort pour le fOrcer à le suivre.
– Par là ! Suis-moi ! Et tiens, voilà l’Anneau du Feu Sacré. Il appartient à ton Père célèste, qui règne dans les cieux et qui m’a ordonné de te le remettre. Mets-le au doigt et ressens ta puissance cachée résonner avec le feu divin !
– Gardes ! Gaaaardes ! Hurle le jeune Drid.
– Non, silence !
– GAAAARDE !
– CHUT-EUH ! La garde arrivera trop tard ! Fait Taldir-Baftalip, réellement inquiet. Là tu aides juste les Orcs à nous repérer ! Notre seule chance est de les semer ! Viens !
Hoquetant de frayeur et d’efforts dans la fuite aux détours de dizaines de venelles, Drid prend l’anneau comme le lui demande Taldir. Au moment où le jeune homme se passe la bague au doigt, Baftalip tisse un sortilège dans un repli de sa manche en murmurant le plus doucement possible, ce qui fait briller tout le poing de Drid, sans qu’il ne s’aperçoive du lien avec la magie du prêtre déguisé.
– Oh ! S’exclame l’adolescent, qui s’arrête béant tout à coup d’émerveillement.
– Tu vois ! C’est le signe de ta filiation divine ! Ton pouvoir enfoui réagit à l’anneau de ton père, Zebi, le dieu de la Flamme Sacrée !
Derrière eux les bruits de pas et de grognements des Orcs se rapprochent.
– Vite, pressons ! Nous sommes bientôt cernés ! Allons au port ! J’ai un navire qui nous emmènera en lieu sûr. Drid, Drid ! Écoute moi bien : Concentre toi pour attirer à toi la puissance du feu.
– Attirer la puissance… du feu ?
– Ouiii ! Ton anneau t’aidera à canaliser la puissance du feu en toi ! Concentre-toi pour attirer à toi la Flamme Sacrée de ton Père célèste ! Ainsi, ton pouvoir nous aidera à combattre les Orcs qui veulent te tuer !
Le mage reprend la course en prenant le bras du « demi-dieu », en oubliant de faire exprès d’être ralenti par sa flèche plantée en lui, sans attirer l’attention de Drid pour autant, trop concentré à crier dans sa tête « ok, le feu sacrée, t’es là ? Tu viens ? Viens viiiite ! Haaaa ! ».
Ils parviennent en haut d’un petit escalier jalonnés de pots de plantes grimpantes qu’ils se mettent à dévaler. À mi-course, d’autres Orcs apparaissent en bas des degrés et les arpentent dans leur direction.
– Zebi nous protège ; nous sommes cernés ! S’exclame Baftalip.
– AAAHHH ! Crie l’adolescent.
– Vite ! Brandis ton poing vers ces monstres et dit « Que le Feu sacré vienne à moi ! »
– QUE LE FEU SACRÉ VIENNE À MOI ! Ahhh ! Il n’y a rien qui se passe ! Et les Orcs sont–
— Concentre-toi bien et dis-le encore !
– QUE LE FEU SACRÉ VIENNE À MOI !
À nouveau, Baftalip ouvre son vertox et esquisse un sortilège en toute discrétion. Cette fois, en plusse de briller, un rayon lumineux jaillit de l’anneau. Les mercenaires Orcs éclairés par le faisceau se crispent de douleur et s’effondrent comme strike-bowling partout dans l’escalier. Le vieux mage entraîne le jeune homme à sauter par-dessus les Orcs, dont certains se retiennent de rire.
– Oh la laaaaa ! Ça a marché ! Ça a marché ! Je suis vraiment l’élu ! Waaaaa !
– Oui, oui… Par là !
Les deux fugitifs parviennent aux quais du port. Ils empruntent une passerelle et parviennent sur le pont d’un navire, mais une dizaine d’Orcs les y attendent, puis les encerclent en ricanant.
– Malheur ! Reculez, bêtes immondes ! Gronde Baftalip.
Le plus grand des Orcs, au visage couvert de cicatrices, s’avance du cercle et lance froidement :
– Malganis, notre seigneur des enfers sombres, ne s’arrêtera devant rien pour–
– QUE LE FEU SACRÉ VIENNE À MOI ! S’exclame Drid d’une voix fébrile et chevrotante.
L’Orc marque une pause et avise rapidement le mage du regard, qui lui montre discrètement sa main, paume tendue vers le ciel. Alors, l’Orc lève lentement sa lame vers la main tendue et tremblante de l’adolescent.
– Îîîîî que le feu sacré vienne à moiii ! Répète Drid, terrifié.
– Par la Flamme Sacrée, Drid ! Vite ! Lève le poing et appelle de toute ta fOrce la puissance du Feu sacré de ton père ! Sinon tu es perdu !
– Hhhiiin ! Grogne Drid, les yeux fermés par la peur et la concentration.
– Attire la puissance du feu en toi, Drid. Ouvre-toi à son pouvoir… Fait le mage en l’observant, très attentif.
Même les Orcs se poussent pour mieux voir, car bientôt une autre lueur, beaucoup plus rouge, émane bientôt de l’anneau… L’enchantement de l’anneau serait-il en train de marcher ? Un Esprit du Feu entrera-t-il dans le corps de Drid ?
– Waw j’ai… je…
– Oui, Drid ? Demande Baftalip, plein d’espoir. Qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce que tu ressens ?
– AAAAHH !
Le visage de Drid passe de l’effroi à la joie, puis à la souffrance.
Il tremble de tous ses membres.
Des fissures oranges zèbrent tout son corps…
Il explose sur place, dans un geyser de sang et de chair grillée qui retombent partout sur le mage et le chef Orc.
– Et merde ! Hurle Baftalip les poings serrés, avant de s’essuyer le visage. Merde, merde, MERDE ! Bordel mais sur vingt-sept, ‘y en a pas un qui est foutu de rester en vie deux secondes après le Transfert ? Qu’est-ce qu’il faut pour que l’hôte soit stable, bordel-EUH ? Ils peuvent pas rester en vie au moins le temps d’une question ? Une seule putain de question !
– Désolé, patron…
– Toi, tu la fermes, Thralaïk ! Non mais « Seigneur des enfers sombres » ? Franchement ? Si c’est pour faire des impros aussi pourries, tu ferais mieux de t’en tenir à ton texte !
Excédé, Baftalip bouscule l’Orc, ce qui ne marche pas très bien car il fait quatre fois son poids. De rage, le mage poursuit néanmoins sa route vers son laboratoire, pour tenter de rééquilibrer son enchantement de Possession de Feu Élémentaire. Après quelques pas, il se rappelle avoir oublié l’anneau. Il retourne donc le ramasser parmi le tas de viscères fumantes, avant de se brûler les doigts en touchant le métal.
– AAAAAHHHH ! Mais meeeeerdeuuuh ! Raah mais vous avez quoi, tous, là à me fixer avec vos yeux de merlan frit ? Hein ?! Bande de cons ! Allez, demain vous retournez tous en cours de théâtre !
– Oh noooon, patron, s’il vous plaît !
– VOS GUEULES ! Vous avez qu’à remercier les abrutis l’équipe deux qui continuent à rire comme des débiles pendant la scène de l’escalier ! On a eu de la chance d’être tombé sur un mec aussi con que vous ! Allez, cassez-vous maintenant ! Bande de cons !
L’après-midi avant le soir où Baftalip tombe sur Vao
Dans une grande salle vide au plancher lisse, Candice, une femme grande et mince, se contorsionne face à une trentaine d’Orcs qui s’effOrcent de l’imiter, gênés par leurs centaines de kilos de muscles noueux. Tous portent des vêtements noirs et serrés. En se relevant, Candice remarque que le plus grand Orc reste debout, immobile. Ses yeux sombres disparaissent sous ses arcades proéminentes aux sourcils froncés.
– Eh bien, Thralaïk, quelque chose ne va pas ?
– Ishkou brokak twa’ztkrokolgor ! Grince-t-il entre ses dents pointues.
Après avoir accepté d’enseigner le théâtre aux mercenaires de Baftalip, Candice a appris quelques rudiments de Noirparlé. Elle comprend « nous », « indigne » et « ridicule », puis soupire en agitant une baguette selon un motif complexe. Sur la tempe verte de l’Orc réfractaire, un tatouage se met à luire brutalement. Le chef mercenaire s’agrippe la tête et hurle de douleur, tandis que ses camarades couinent autour de lui, en roulant des yeux fous vers Candice, qui les met en garde :
– Ta-ta-ta ! Un seul geste et vous y passez tous aussi !
Alors qu’il convulse, Thralaïk se courbe les mains en avant, et parvient à se toucher les genoux, selon la dernière instruction de la prof de théâtre.
– Voilàààà, j’aime mieux ça ! Triomphe Candice avec une douceur narquoise, en arrêtant le mouvement de sa baguette. D’autant plus que tu as du potentiel, Thralaïk ! C’est dommage de le gâcher avec une attitude pareille !
– Humph, grogne-t-il pas trop fort, tandis que la douleur magique s’estompe peu à peu.
– Bien, j’ai lu dans la note de Baffy, euh je veux dire de votre maître. Il y a eu des décrochages pendant votre dernier spectacle, mmhh ?! On va travailler ça ! Mettez-vous deux par deux, face à face, tout près, tout près, oui, voilà, comme Gorgutz et Krompf ! Voilàààà ! Et maintenant, l’un devra faire des grimaces pendant que l’autre va penser à quelque chose de triste, afin de rester stoïque face à… Oui ? Tu as une question, Trorg ?
– Kesako « stoïque » ?
Candice se rengorge, car elle adore s’entendre expliquer des choses :
– Alors, à l’origine, les stoïciens sont des philosophes des cités d’Iguellis qui prônent notamment le contrôle sur leurs émotions…
1 heure plus tard
– Voilà, oui, vous montez les escaliers ! Vous voulez tuer ! Faites-moi voir un visage plein de haine, là ! Ahh ouiiii, vous faites ça très bien ! Super, suuuuper !
Candice marche parmi le groupe d’Orc numéro deux, attentive à leur attitude. Elle les a répartis en trois : les poursuivants, l’embuscade des escaliers et bien sûr le groupe du bateau.
– Et là FLASH ! Lumière ! On est irradié d’énergie divine ! Et on meurt ! On meurt ! Oui, vlam, partout par terre ! Très très bien ! Et maintenant… On ferme les yeux avec l’air triste ! On pense à quelque chose de triste.
– Ma forêt natale que je reverrai jamais… (en Orc)
– Dans la tête, sans un mot, Trorg ! On a dit dans la tête ! Mais oui, c’est ça ! Allez, plus triste encore ! Gorgutz, on se rappelle du jour où Gnurf a mangé la fin de ton prisonnier quand tu es parti faire caca ! Purzb, on se rappelle de la mort de Pouiih, ton sanglier de guerre ! Gaj’Nùl, bien sûr, on vient d’en parler, quand tu as perdu ton duel pour prendre la place de Thralaïk et qu’il t’a coupé la main… Voilààà. Et c’est bientôt fini ! Parce que là ! Baftalip arrive avec le sujet d’expérience, et on se rappelle que ce n’est pas Baftalip, hein ? On ne le salue pas ! Car c’est Taldir ! C’est un prêtre de la Flamme Sacrée avec l’élu. Et ils vous enjambent. Et vous ne bougez absolument pas, parce que vous êtes toujours morts, hein ? Voiiiilàààà. Trèèès bien. Super, vraiment super.
Candice sourit parmi une dizaine d’Orcs à terre qui font semblant d’être morts d’une façon crédible, tandis que l’équipe une et trois, le groupe d’Orc de la poursuite et celui qui attend sur le navire, ont tout le loisir d’observer la répétition de la scène de l’escalier.
– Eh mais c’est super, vraiment ! Merci ! Merci pour votre patience, tout le monde ! Hein ? Oui, oui, vous pouvez vous relever. Eh Trorg, Trorg…
– Uh ? Fait le plus petit Orc de la bande, quand-même deux mètres de haut.
– T’as fait des progrès incroyables ! Reprend Candice. Déjà, depuis le début de nos entraînements, mais rien que depuis le début de cet après-midi, waw quoi. J’ai vraiment l’impression que t’es mort, tu sais ? Franchement, chapeau Trorg, quoi. Chapeau l’artiste !
Et là, Thralaïk est témoin d’un événement inédit dans l’histoire de l’Orcanité : Trorg plisse les yeux, se pince les lèvres et ses joues vertes rougissent. Thralaïk n’avait jamais vu cette expression sur le visage d’un Orc. Normalement, seuls les Humains changent de couleurs comme ça aux joues. Le chef de la bande n’en revient pas, mais le chat du maître apparaît à une fenêtre et interrompt son étonnement.
– Touminou… Murmure Thralaïk en l’observant attentivement.
Le chat se lèche une patte, la frotte contre son oreille droite, puis deux fois son oreille gauche. Enfin, il se penche en avant et se lèche le cul trois fois de suite, avant de repartir, la démarche calme et hautaine. Baftalip a enseigné à Thralaïk le langage codé des chats, si bien qu’il comprend :
– C’est le patron ! Il a trouvé quelqu’un d’autre ! Allez, les gars, on a du boulot ! Tout le monde s’équipe et se met en position !
– OUH ! OUH ! OUH ! OUH ! Rugissent en chœur le reste des Orcs, selon leur habitude avant d’aller guerroyer, même si cette fois, c’est pour de faux.
Retour au présent du début du chapitre
Un peu plus loin, près du gigantesque port de Vésouille-les-Eaux-Troubles, Baftalip, vêtu d’une longue cape à capuche, se précipite dans des ruelles en tirant à sa suite un Vao à qui il raconte à peu près la même histoire qu’à Drid. L’adolescent est moins effrayé que désireux de bien comprendre toute la situation.
– Zebi, le Feu Éternel ? Demande-t-il. Mais il n’y a aucune religion qui honore un Dieu nommé Zebi sur tout le continent Ideu !
– C’est… C’est un culte secret.
– Mhh… Et Zebi serait mon vrai père, un dieu donc ?
– Oui, oui… Fait Baftalip, en scrutant autour de lui avec impatience.
– Mais je ressemble quand-même beaucoup à mon papa. Donc comment Ze–
– Ah ! Voilà ! Regarde ! Les sbires des fOrces du mal !
Vao observe où le vieux mage pointe son doigt et aperçoit, éclairés par une tOrche au mur, une dizaine d’Orcs en armes presser le pas dans leur direction, en bousculant tout le monde sur leur passage.
Natif de Zobliblobo, la capitale de la Méga-Machine de Moremmasse et son clergé raciste, Vao n’avait jamais vu de non-Humain de sa vie… Tout au plusse un Nain, de loin, autorisé à quitter son quartier obligatoire pour une livraison exceptionnelle.
À Vésouille, cependant, il en va tout autrement. L’armée de la Méga-Machine, l’Ost Purificatrice, y a certes une présence, mais elle laisse à la cité portuaire son indépendance, pour profiter justement de l’aide de races ou de magie via des entremetteurs, tandis que le même genre d’individus se fait carnomancien partout ailleurs sur le territoire.
C’est pourquoi Vésouille grouille de créatures de toutes sortes : faune cocher, pégase-centaure postière, homme-chats ferblantiers-couvreurs, murloc portière, poulpoïde en scaphandre rempli d’eau marchandes de Perles1, stryge diseurs de bonne aventure, et bien d’autres, ainsi que des Orcs, souvent employés comme garde-du-corps ou comme videur de tavernes.
C’est la première fois que Vao voit des Orcs de si près et sa peur l’engloutit tout entier, d’autant plus que ces Orcs-là sont armés et marchent droit sur lui. Tous ses doutes disparaissent et l’adolescent court bien plus vite avec le mage-déguisé-en-prêtre dans les ruelles encombrées de Vésouille.
Comme pour Drid, Baftalip simule recevoir une flèche dans le bras. Il demande à Vao de se passer au doigt un anneau prétendument sacré, alors qu’il est un artefact magique conçu pour attirer et piéger une puissance élémentaire à l’intérieur d’un corps Humain. Lorsque le jeune moremmassien obéit, Baftalip tisse des sortilèges de lumière pour feindre le pouvoir divin de la prophétie. Vao contemple le bijou luire avec fascination, même si une petite voix dans son esprit, discrète mais profonde, continue de soupçonner quelque chose malgré sa terreur générale.
Ils descendent les mêmes escaliers où les Orcs font semblant de succomber au pouvoir de l’anneau, comme la veille, avec Drid. Puis, le port et l’embarquement sur le navire de Baftalip d’où Thralaïk et son groupe émergent de leur cachette.
– AAAHHH ! S’écrie Vao ! QUE LE FEU SACRÉ VIENNE À MOI !
– Fuuh… Fuuh… Fuuh… Reprend-son-souffle Baftalip. (‘Trop vieux pour ces conneries, moi… Pfiouuu !) Ajoute-t-il plus bas, pour lui-même.
– Taldir ! Mon pouvoir ne marche plus !
– Hh-hein ? Ah ! (Mince, attends voir).
Baftalip esquisse les gestes et murmure les mots pour que jaillisse de la lumière depuis l’anneau, pendant que les Orcs restent immobiles, tout en gardant l’air agressifs, comme travaillé devant le miroir. Tandis qu’un rayon jaune commence à poindre au poing de Vao, Thralaïk prend la parole en agitant un de ses colliers sertis d’oreilles séchées de ses victimes :
– Ahh ! Cette amulette magique de Malganis bloque le pouvoir du Feu Sacré !
– Hein ? Fait Baftalip, sans comprendre l’improvisation de Thralaïk.
– Raaah, mais le pouvoir de l’élu de la prophétie est grand ! Poursuit Thralaïk pour faire comprendre à Baftalip qu’il doit arrêter de faire de la lumière afin que la cible redouble de volonté pour recevoir un esprit élémentaire du feu.
– Hein ?! Répond le mage, plus penaud que jamais.
– Ce n’est qu’en invoquant toute la puissance de Zebi, le Dieu de la Flamme Éternelle, que vous pourrez contrer le pouvoir de Malganis…
– Ahh oui, mince, c’est vrai…
Le mage arrête son sortilège, ce qui interrompt le rayonnement de l’anneau auquel aucun Orc n’a été sensible.
– Par la Flamme Sacrée, Vao ! Vite ! Lève le poing et appelle de toute ta fOrce la puissance du Feu sacré de ton père !
En disant cela, Baftalip agite les mains pour encourager le porteur de l’anneau à l’imiter. Mais ses gestes font tomber un brassard où deux moitiés de flèches sont fixées de part et d’autre, que Vao observe. Malgré sa frayeur trop de choses clochent. La vérité s’impose à lui avec une clarté grandissante. En titubant en arrière, le jeune moremmassien comprend qu’on lui a menti. Taldir s’est servi de lui. Sarsknik l’a volé. Sa famille va mieux depuis qu’il est parti. De toute façon, ils voulaient tout le temps qu’il ait au catéchisme des performanciens à l’école. Et ils sont méchants. Tout le monde est méchant ! Ils ne pensent qu’à utiliser les autres, sans aucune pitié pour leur souffrance ! La vie est souffrance et après on meurt…
En proie à sa détresse intérieure, Vao est trop affaibli par l’obéissance pour éprouver le moindre sentiment agressif. Alors, plutôt que la vengeance, c’est un désir de fuite irrépressible qui s’empare de son être tout entier. Plusse que jamais, Vao veut s’en aller loin, très loin des hommes. Il voudrait s’envoler dans le ciel et partir, partir, partir…
Assez sottement, Vao se dirige vers l’avant du navire, là où il n’y a aucun moyen de regagner la terre ferme. Personne ne cherche à l’arrêter, en espérant que l’anneau est à l’origine des mouvements et des grognements bizarres de Vao. Le doigt de ce dernier l’irrite de plus en plus, tandis que la détresse et le désir de fuite continuent de le submerger.
L’air autour de lui devient plus chaud et crépite d’électricité statique.
Bloqué à la proue du navire, le jeune Moremmassien se tourne de tous les côtés et ne voie que les barrières du bateau et les méchants qui le regardent. Il fond en larmes et gémit son désespoir, avec des bulles au nez. Il s’essuie et lève la main pour jeter sa morve par dessus bord.
À ce moment là, un courant d’air tourbillonne autour de son bras. Le vent se renfOrce en une mini-tempête, tout autour de lui. Baftalip, Tralaïk et les autres Orcs plissent les yeux pour se protéger et bientôt mettent la main devant le visage. Des dizaines de petits éclairs filent en tous sens d’un point à l’autre de la sphère orageuse dont le centre est Vao, qui crie de rage et lève les bras en Y. Enfin, les crépitements d’électricité s’amplifient si fort qu’ils crissent de façon bleue, puis foudroient tous en même temps Vao, qui s’écroule sur le plancher. Puis plus rien, si ce n’est une fumée qui s’élève depuis la chair rougie de l’adolescent, luisante comme le métal en fusion.
Baftalip et Thralaïk se précipitent vers l’adolescent. L’Orc pose son immense épée vorpale à côté du corps de Vao, puis place une oreille au niveau de son cœur et de son nez, avant d’affirmer :
– Il est vivant.
Le vieux mage hérétique saute de joie, le poing serré brandi devant son visage ridé et grisonnant :
– OUI ! ENFIN ! YAAAAA ! CE SOIR C’EST LA TEUF, MES SALAUDS !
Pendant que les mercenaires Orcs se donnent des coups de coude réjouis à gauche à droite en grognant « la teuf, ouais la teuf ! », Baftalip tapote l’anneau au doigt du jeune Moremmassien pour vérifier s’il n’est pas brûlant comme hier avec Drid, mais au contraire, le fer est froid et semble plus mou. Il tortille le cercle autour d’une jointure du doigt de l’inconscient et découvre d’étranges inscriptions incrustées tout autour du doigt de Vao, comme un tatouage gris, à mi-chemin entre l’alphabet arabe et coréen.
– Du langage primordial Elldane, murmure le pyromancien, stupéfait.
Puis il remarque qu’en lâchant l’anneau, ce dernier se déplace de lui-même jusqu’à recouvrir l’épigraphe tout autour de la peau du majeur de Vao.
– Patron, ‘y a la garde qui arrive, gronde Tralaïk, ses yeux de serpent scrutant les ruelles où résonne la cadence martiale d’une patrouille de gens-d’armes.
– Hein ? Ah.
Tout en considérant pensivement le visage tranquille qui ronfle tout bas de l’adolescent, Baftalip sort un parchemin de sa sacoche et commence à lire ses runes tarabiscotées. Les lettres se mettent à trembler, à danser puis s’envolent du vélin pour esquisser une demi-sphère autour de tout le monde sur le bateau. Peu à peu, la vision au-delà du globe se trouble pour Tralaïk, Gorgutz, Trorg, Purzb, Gäj’Nùl, Fnurf et les autres, sauf le mage, qui enfile précisément pour cette occasion de curieuse bésicle aux verres arc-en-ciel moirés. Ces lunettes lui permettent de continuer à voir l’extérieur de l’hémisphère malgré le sort, en vision thermique cependant.
Évidemment, la précieuse contrepartie de l’enchantement repeint l’exétieure de la boule avec les couleurs environnantes, comme le brun de la charpente du navire ou le noir de l’air de la nuit. Dans la pénombre, cela rend le groupe du bateau invisible du point de vue de quiconque les regarde de pas trop près. Or les gardes scrutent l’ensemble des navires aux mâtures oscillantes d’assez loin, puis se mettent à frapper l’homme avec eux, venu les avertir d’un Humain menacé par une bande d’Orc.
– Connard d’ivrogne ! Peut-on entendre les gardes gueuler dans le port.
– Tiens, ça t’apprendra à te foutre de notre gueule !
Pendant qu’ils attendent que les vigiles achève leur passage à tabac et s’en aillent, Baftalip dit avec un sourire :
– Emmenez ce jeune plouc au Collège de Magie de Boulard.
À suivre…
1Notez la majuscule qui indique qu’il ne s’agit pas de perles normales, mais de perles magiques, dont l’une des propriétés sur le corps humain est de ralentir son vieillissement. Plus problématique, cependant, l’ingestion de Perles provoque également de puissantes hallucinations auditives ainsi qu’une accélération aigue de la croissance des ongles.
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