Une chose qui m’écoeure et m’attriste d’une force qui me vrille le cul du cœur, C’est voir ma mère, ma sœur ou ma tante se faire couper la parole à table, sans que personne ne dise quoi que ce soit et que la discussion continue comme si de rien n’était. Ni elles, ni mon père, ni mon frère ni le bf de ma sœur, ni moi ne commentons la violence qui s’est produite
Maintenant, j’y arrive parfois. J’interromps mon frère ou mon père et je dis :
– Attends, juste… tu voulais dire quoi [le nom de ma mère ou ma sœur ou ma tante] ? »
Quand je me suis mis à dire ça, ma mère surtout, elle se mettait alors un auto-goal. Je lui redonnais la parole avec cette question et elle disait :
– Oh rien… C’était pas très important de toute façon.
Et mon père d’ajouter juste ensuite :
– Voilà. Donc je disais que blablabla…
Mais le plus souvent, c’est pas ça qui arrive, mais qui me vrille aussi le cœur. C’est pas exactement du coupage de parole, mais c’est tout de même tuer la parole de l’Autre.
Quand ma mère, sœur, tante ou d’autre a-meuf-cis parlent, juste les autres a-mexis démarrent une nouvelle conversation entre eux, à côté.
J‘observe alors par exemple ma sœurchercher à continuer sa phrase envers quelqu’un qui lui tourne désormaiss la tête, à présent dirigé vers le mec qui s’est mis à parler en même temps que ma sœur. Du coup, elle cherche du regard une nouvelle personne à qui terminer son propos. Souvent, une autre a-meuf-cis ou, parfois, mézigue.
Je lance quelques regards rapides, successifs et mollement réprobateur aux autres mecs, tout en maintenant l’essentiel de mon regard sur ma sœur, puis je lui relance une question sur ce qu’elle a dit. Parfois, les deux conversations se poursuivent alors, en parallèle, bien que le niveau sonore de la conversation des hommes soit souvent plus élevé et c’est plus difficile de s’entendre. Mais parfois, de nouveau, auto-goal, ma sœur me répond, quand je lui pose une question :
– Attends, j’aimerai écouter ce qu’ils disent.
Alors toute l’atablée écoute à nouveau un mec parler.
Et moi, je reste assis, sans rien faire, sans rien dire, choqué, noyé dans l’immensité de ma tristesse, comme quand un garçon plus fort que moi me faisait un bouchon à la piscine, c’est-à-dire prendre ma tête, l’enfoncer dans l’eau et la maintenir pendant quelques terrifiantes secondes, en rigolant avec les autres.
Et aussi, ça arrive dans ma famille, mais ça arrive souvent partout ailleurs.
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