ZGLONG – C.7 – NILIN-E 2

Nilin-Niline1 vit seule la plupart du temps. Parfois, un groupe de singes la tolère quelques heures ou quelques jours. Alors, enfin ensemble avec d’autres créatures, Nilin-e joue, mange, chie, mais sans parole, mais avec beaucoup de bruits et de rires. Jusqu’à ce que les singes poussent des cris affolés de danger et partent en se balançant de liane en liane à une vitesse que Nilin-e n’arrive pas encore à suivre. Heureusement, les jaguars ou les boas que fuient les singes ne s’intéressent jamais au Zarbre laissé seule au milieu de nids défoncés, car iel dégage des odeurs plus proches de l’écorce, du tanin et du pollen que de la viande.

Mais la plupart du temps, Nilin-e est seule. Iel s’efforce de faire les exercices que lui demande Klettawa, la vieille druide qui vient le trouver une ou deux fois par Lune, pendant quelques jours. Comme c’est le cas en ce jour chaud, humide et ombragé sous l’épaisse canopée de la forêt.

Les deux Zarbres, parfois aussi appelés Dryade ou Ent, soulèvent leurs pieds aux orteils-racines en faisant peu de bruit, grâce à l’effet ressort-amortisseur de leurs pieds-racines-moussues. Iels discutent en agitant leurs bras aux branches feuillues et Klettawa étend l’un de ses doigts, qui pousse comme une plante en accéléré, pour cueillir un fruit haut perché, puis raccourcir son membre et ramener le fruit dans sa bouche.

Nilin-e, comme d’habitude, est ravi de la visite de Klettawa, qu’iel considère comme ça mapa. Mapa signifie « parent-de-chair », par opposition à Pama : « parent-de-graine », qui peut changer jusqu’à quatre fois d’une saison à l’autre, étant donné que les Zarbres changent lentement de morphologie et de sexe au cours de l’année, jusqu’à être nubile mâle ou femelle pendant quelques semaines ; la période « kemma », avant de retourner dans cet état androgyne de lente transition ; la période « soma ».

L’enfant raconte une de ses histoires dans la forêt, comparable à un Pinocchio vif comme un écureil, mais à la peau à mi-chemin entre la chair animale et l’écorce végétale, avec une longue chevelure en nénuphare et en fin de branche de saule pleureur.

– … et pis après Lafarfouille m’a poussé ! Il m’a poussé pendant que je mangeais ! Alors j’ai tout craché et lui il a–

– Lafarfouille ? C’est qui, déjà ?

– Mais c’est le fils de Ouggi ! Celui avec les trois tâches sur le nez ! Je te l’avais montré vers lui la fois d’avant…

– Ah, oui… le singe. Et donc ? S’efforce de relancer Klettawa, en cachant ses soucis. Lafarfouille t’a fait tomber à la renverse, ha ! Oui ! Haha !

Le vieux Zarbre à l’écorce tatouée de mousse essaie de s’intéresser aux histoires de la petite Nilin-e, mais Klettawa ne parvient jamais à chasser l’inquiétude qu’un jour, quelqu’un du Bosquet le découvre et rapporte que l’enfant sacrilège a survécu toutes ces années. Alors, Uzg enverrait un de ses chasseuses pour tuer Nilin-e. Son autre souci : les nombreuses rumeurs d’une guerre terrible contre des monstres d’acier cracheurs de feu et les nombreux émissaires Zanimaux suppliant les Zarbres de les aider à arrêter les Déforestations.

– Euh, oui, c’est très bien ! Mais maintenant, reprenons la mycéllisation du Lien.

Sur la terre humide couverte de feuilles mortes, de troncs vermoulus et grouillante d’insectes, Nilin-e s’allonge sur le dos. Puis enfonce ses doigts dans le sol. Plusieurs minutes s’écoulent pendant que Klettawa égraine lentement des mots comme : « Ralentis… Respire… Ressens… Raconte… ».

– Je sens les feuilles gluantes contre mon dos.

– C’est bien, c’est très bien…

– Je sens l’air qui rentre et qui sort de mon nez.

– Mmh-mh ! Oui ! Murmure encore Klettawa, puis observe le silence, afin de laisser de la place à Nilin-e.

– Je sens… Mon ventre qui se lè-AÏEU !

– Hein ? Quoi ?

– Ahhh je me suis faite piquer !!

– Ouh la la, non ! Où ça !

– Mais chai paaa-aah-ahhh ça continue de faire mal-euh !

– Je suis désolé, Nilin Niline, bouge un peu ! Laisse circuler la douleur, accepte !

– Noooon ! Je veux tes doigts tout chauds qui guérissent !

– C’est pas moi qui décide quand j’ai ça, je te l’ai déjà dit ! Au pire, je te prépare une pommade… Mais regarde-toi, déjà… T’es tout crispée, là ! Respire plus fort, bouge ! Danse ! Comme ça !

Et Klettawa de se trémousser avec souplesse, en marquant un rythme avec ses pieds-racines.

– Woouhaaah ! Wouuuhaaaa ! Vas-y ! Crie-le !

– Wouuuhaaaaah ! WOOOUUHHAAA !

– Haha, oui… Féroce ! J’adore !

Plus tard, l’exercice de mycéllisation du Lien reprend.

– Respire, respire, murmure Klettawa avec profondeur et douceur. Imagine que tu te dissous dans la terre… Comme si la pluie te liquéfie avec elle et t’emène ruisseler dans la Terre.

Nilin-e, qui a fini par avoir moins mal et à accepter la douleur restante, se relâche les sourcils, les mâchoires, les épaules et l’anus.

– Oui… Voilà… Laisse la Grande Vie… son Air, son Eau, sa Terre et son Feu… ressens comme elle te marionnettisent dans sa trame. Elle respire en toi, elle s’écoule en toi, elle t’alourdit les eaux et elle fait battre ton cœur.

Nilin-e ressent une main de vent entrer dans son nez et soulever sa poitrine en même temps que les poumons d’innombrables créatures, toutes gonflées par la même force.

Nilin-e ressent son sang couler dans ses veines, comme d’innombrables rivières dans les racines et vers la mer.

Nilin-e ressent ses os l’attirer vers le sol, toute sa peau se laisser embrasser par la Terre, comme les montagnes.

Nilin-e ressent son cœur qui bat, et à chaque fois c’est la Grande Vie qui dit « Je t’aime que vives dans mon ventre ».

– C’est bien… C’est très très bien…

– …

– …

– Pbbbllblbl mais je ressens pas la Grande Vie ! Mes doigts, ils poussent pas comme les tiens ! S’écrie tout à coup l’enfant mi-Zarbre en se redressant, vexée.

– Nili–

— On pourrait pas plutôt chanter, nous ? J’adore trop quand on chante ensemble, Tawa ! S’il te plaît ! S’il te plaît ! S’il te plaîîîît !

– Tss… S’amuse le druide de l’impatience de Nilin-e.

– Quoi ?! Mais c’est vrai !! Pourquoi tu peux faire ça et pas moi ?! Rugit la mi-Zarbre, furieuse de ne pas pouvoir étirer ses membres comme le druide.

– ça viendra peut-être plus tard ! Et pour l’instant, tu peux ressentir la Grande Vie ! C’est impossible de ne pas sentir la Grande Vie !

– Bah si, moi ! Moi je ressens rien !

– Tu as faim ?

– Hein ?! Ben… Un peu.

– Bah alors ? Tu vois ! Ton ventre aussi fait partie de la Grande Vie, non ?

– …

– Bien… J’aimerais que tu te relèves et que tu nous amènes vers quelque chose qui te semble appétissant. Est-ce que tu es d’accord de faire ça ?

– Ha ! Trop facile !

– En gardant les yeux fermés !

– HEIN ?! Mais comment je vais faire ?

– Avec tout le reste !

– Hein ?

– Tous tes autres sens !

Ainsi, Klettawa se laisse guider par une Nilin-e tâtonnante pendant près d’une heure, en finissant cependant par l’orienter en direction d’un arbre chargé de Dapaüis bien mûres. Après une habile escalade d’un baobèbe les yeux bandés, Nilin-e revient à terre avec un sourire triomphant et trois Dapaüis dans les mains.

– Merci beaucoup, Nilin Niline, pour toi et ton adresse prodigieuse ! Serais-tu d’accord de prier avant de manger ?

– Hum, Grande Vie aux Mille Visages, je te remercie pour ta nourriture qui jaillit du sol. Je loue ta générosité. Merci pour les Arbres qui, euh,… hihi j’ai oublié la fin !

– C’est pas grave. C’est l’intention qui compte, pas les mots. Est-ce que tu es reconnaissante pour l’arbre qui a donné naissance à ces fruits pour toi ?

– Bin oui !

– Et est-ce que tu honoreras la terre en lui donnant ton fruit en retour par le popo ?

– Ouiii !

– Merveilleux ! Klettawa s’émeut du petit Zarbre, ses yeux curieux et son grand sourire, puis iel lui demande : je peux te serrer contre moi ?

– Mh ouii !

La druidesse passe son bras par-dessus les épaules de Nilin-e, qui se blotti tout contre son flanc. La vieux Zarbre désigne d’un geste circulaire la canopée au-dessus de leur tête.

– Ils étaient là avant nous et ils seront là après nous…

– Mais… Commence Nilin-e, en se tortillant de gêne.

– Oui, petit Zarbre, quelque chose te trouble ?

– Tu dis que la Forêt est en danger ! Et que je dois rester caché parce qu’il y a des tueurs d’arbres partout !

– Oui… C’est vrai….

– Alors peut-être que les coupeurs vont couper toute la Forêt, et qu’elle sera plus là ?

D’abord Klettawa garde le silence, les yeux dans le vague et ses sourcils en mousse arqués par la tristesse, puis dit :

– Mon cœur souffre trop en songeant à ce que tu dis pour l’instant. Tu es d’accord que nous en parlions une autre fois ? Ça m’aiderait à me préparer à parler de ces choses comme la destruction de la beauté.

– Oui, d’accord, oui.

– Merci… Klettawa se régaillardit, s’agenouille face à Nilin-e et agite les fruits devant ses yeux. Maintenant, hihi, la vraie prière, c’est savourer les délices de la Grande Vie ! iiIHAA !

– Oui ! Tu entres en nous par la bouche pour nous donner des délices et de la force ! iiIHAA !

– Elle en nous et nous en elle ! Renchérit Klettawa, avant que toutes deux s’exclament en choeur :

– iiiiIIHHAAAA !

– Ouaiiis ! Mais est-ce que tu peux m’enlever mon bandeau des yeux ?

– Haha, oui ! Bien sûr !

La druidesse se penche vers Nilin-e pour l’aider à retirer le tissu, ce qui fait cliqueter ses nombreux colliers perlés de crânes d’animaux, et rapproche son odeur de fraise et de lilas du nez de la mi-zarbre.

Enfin, iels savourent consciencieusement leur repas, en faisant des grimaces de délectation de plus en plus exagérées jusqu’à éclater de rire.

Après avoir mangé les fruits délicieux, Nilin-e annonce un début d’envie de faire caca, comme le lui a demandé Klettawa par le passé.

– Qu’est-ce que tu as mangé la fois d’avant ? Demande le grand Zarbre en forme de boulot, mais aux troncs épais comme des chênes.

– Des Kikolos.

– Ahh… Est-ce que tu entends où le Kiko aimerait que tu déposes ses graines ?

– Rho mais c’est pas juste comme question ! Je t’ai déjà dit que je comprends pas la Grande Vie comme toi, Tawa ! Avec les pieds dans la terre, et tout !

– Tss… La Grande Vie parle plein de langages différents en même temps. Un peu comme la musique…

– Oh ! Tu as pris ta guitare ?!

– Bientôt, promis…

– Ouaiiiis !

– Regarde, maintenant. Écoute avec ton regard. Ressens ta vue pour comprendre la Grande Vie.

– Hein ?!

– Est-ce que tu vois un Kiko près de nous ?

– Mmmhhhhhhhh… Fait Nilin-e en scrutant alentour. Là ! Oui, là !

– C’est très bien. Et en vois-tu un autre ?

– Mmmhhhhh… Mmmhhhhh… Non !

– Qu’est-ce que cela veut dire ?

– Que la famille des Kikolos aime vivre loin les uns des autres !

– Alors où iras-tu pour nourrir la Terre ?

– Loin de ce Kikolo ! Et si j’en trouve un, dans une autre direction encore !

– Voilà, tu vois que tu comprends le chant de la Grande Vie !

– iiIAA !

Puis Klettawa fait pousser ses bras en forme de guitare, dont iel manipule les cordes à leur base, fixée à son bois, et joue de la musique en chantant, calme d’abord, puis de plus en plus intense, accompagnée par les danses improvisées de Nilin-e.

Ainsi la druidesse du Bosquet parvient-elle à enseigner au petite Zarbre le Totum, le nom de la philosophie-spiritualité-immanente des druides de Qualibio. Totum est l’approximation française d’un anagramme de la phrase : Tous-(des)-Autres-Visages-Tissés-dans-le-Même-Tout. Klettawa élève une disciple à l’insu du reste de la communauté du Bosquet, passé sous l’autorité d’Uzg, qui a interdit de perpétuer la tradition du Totum et encouragé la voie du chasseur.

Depuis tout ce temps, lors de ses retraites rituelles, ou exceptionnellement lorsqu’il doit cueillir des herbes guérisseuses rares, Klettawa parcourt une grande distance supplémentaire, en brouillant longuement ses traces, pour retrouver Nilin-e.

Treize ans auparavant, Uzg a toléré le retour de Klettawa au Bosquet, car la majorité du Bosquet des Zarbres respectaient encore la tradition du Lien à la Grande Vie. Quant à Klettawa, il acceptait les ordres odieux d’Uzg d’abandonner certaines traditions et fêtes sacrées de la Trame, en compensant par l’enseigner le plus amoureusement possible à Nilin-e.

Parfois, Klettawa imagine que la guerre s’arrêtera et qu’avec le temps il sera possible de présenter Nilin-e au village, Zarbre accompli dans la Fusion druidique. Mais le plus souvent, la druidesse désespère de certaines traditions cruelles ; « on » jugera très vite que Nilin-e n’a pas la bonne apparence… Un enfant de la honte reste un enfant de la honte toute sa vie. Les guerriers d’Uzg la tueraient à coup sûr… Pour l’instant, Nilin-e doit rester cachée… Et ne jamais rien savoir de ses horibles origines…

Klettawa avait mis du temps à faire la paix avec tout ce qui est arrivé à Kéguisse, son compagnonne décédé. Iel a hurlé à la Grande Vie, erré pendant des mois sans parler, juste à pleurer, gémir, gémir, gémir… À quoi bon vivre si c’est pour souffrir ?

Mais pour ce bébé, iel a tenu bon… Montagne de Déchets2, ça n’a pas été facile tous les jours… Mais iel s’est forcé à bouffer et à survivre pour prendre soin de Nilin-e, comme promis à son amour avant même l’accouchement, dans l’illusion d’une vie tous les trois parmi le Bosquet.

Klettawa frissonne en se rappelant du bruit qu’a fait le javelot d’Uzg en s’enfonçant dans le ventre de Kéguisse…

– TAWA ! TAWAAAA ! Regaaaaarde ! Ma première fleur ! Ma première fleeeeeeeeur !

Rayonnante de fierté, Nilin-e projette sa chevelure feuillue au visage de Klettawa, ravi d’exposer l’épanouissement d’une splendide fleur rouge striée de jaune.

– Wouuaa… Tu es là une magnifie rime du cosmos avec le Soleil lui-même !

– Hein ?! Une quoi ?

– Une rime du cosmos… C’est… quand… une chose ressemble tout à coup à une autre, alors que d’habitude, les deux choses sont… différentes.

– Mmh…

– En tout cas ta fleur est magnifique, Nilin-e ! Elle me ravit !

– Hihihihi ! Se trémousse joyeusement Nilin-e.

– C’est presque la même fleur que Kég–

– Hein ?

Muette, Tawa sent la culpabilité d’avoir failli évoquer sa mapa devant Nilin-e, puis une vague de mélancolie plus grande encore qui le bouleverse d’une douce amertume, en revoyant le visage souriant dans un souvenir de son amour perdu.

– Et ça veut dire quoi Kég ?

– …

– ça va pas tawa ?

– Hein ? Un kég c’est… c’est un clou !

– C’est quoi un clou ?

– C’est… c’est un objet utilisé par les humains, ceux qui tuent les arbres, reprend le druide avec sécheresse. Pour construire des murs et vivre dans l’isolement, la peur, la division et la hiérarchie.

– Mais… Pourquoi ?

– Parce qu’ils sont folles.

– Pourquoi elles sont fous ?

– Parce que ça fait bien longtemps qu’iels n’entendent plus le chant de la Grande Vie…

– Mais… tu pourrais leur apprendre, comme à moi !

– Ouuuh… C’est difficile.

– Pourquoi ?

– Car leurs machines font plusse de bruit que ma voix.

– ça veut dire quoi « machine » ?

– Ouuuh… Alors… Tu vois la forgeronne-ah bah non, euh, désolé je– Se reprend Klettawa, qui vient de manquer par deux fois d’évoquer la vie qu’iel cache à Nilin-e.

Tout à coup, en plusse de la honte et la nostalgie, une sensation l’empoigne sous le cœur et acidifie tout son ventre.

– Fort Geronne ? Mais c’est quoi ?

– J’ai besoin de silence.

– Pourquoi ?

– Je te réponds plus tard, Nilin-e. J’ai besoin de silence un moment !

– Mais non mais moi je voulais juste te dire que j’ai–

– « Mon attention et mon écoute…

– Rho, ok…

– J’aimerais t’entendre le dire.

– « Ton attention et ton écoute n’appartiennent à personne d’autre qu’à toi. C’est un cadeau, et non un dû. »

– Merci beaucoup.

Nilin-e boude un moment.

Klettawa se dresse de toute sa hauteur, bras tendus vers le ciel et ses jambes s’étirent et s’enfoncent dans le sol, comme lorsqu’une Zarbre va dormir. Mais iel reste au contraire très attentive aux infimes frémissements des champignons et des autres racines de la forêt, pour y entremêler ses propres racines-doigts-de-pied avec la plus grande harmonie. Puis, le silence des deux Zarbres se prolonge, cédant la place aux chants des oiseaux, aux bruissements des feuilles, au rugissement lointain d’une cascade. Bientôt, les odeurs se joignent à ce silence dans le nez de Nilin-e, qui sent qu’un phacochère a fait caca non loin.

– Je dois partir, annonce brutalement Klettawa.

– Rhoo mais noooooon ! Proteste le petit Zarbre fleuri. Pas déjà ! Pas déjààà !

Klettawa se met déjà à courir.

– NON ! Panique Nilin-e en courant à ses côtés. T’avais promis toujours au moins une nuit. AU MOINS UNE NUIIIIT !

– Désolé, Nilin-e. C’est l’appel de la Forêt. Elle court un grave danger. Plus grave encore que d’habitude. Je dois la défendre.

Et Klettawa de redoubler de vitesse, ce qui distancie la jeune Zarbre, qui crie :

– AAHHH ! Attends ! Laisse-moi venir ! Laisse-moi t’aider !

– NON, NILIN-E ! Retourne dans la cabane !

– Mais pourquooooi ?!

– C’est évident. Tu n’es pas assez rapide.

Klettawa la pousse avec une certaine force, ce qui envoie l’enfant mi-zarbre à terre avec un hoquet de surprise.

– Et tu vois ? Poursuit Klettawa. Tu n’es pas assez forte. Retourne à la cabane, sinon…

– … mais quoooii-euuuuh ?

– … sinon il t’arrivera la même chose qu’à toute notre tribu.

– Je vais mourir ?

– Oui, ment Klettawa en revenant sur ses pas. Je suis désolé, Nilin-e. Je comprends ta tristesse. Je reviendrai. Je ne peux pas te le promettre non plus. Car la Vie meurt et renaît tout le temps et un jour ce sera mon tour, puis le tien ! Mais je vais tout mon possible pour défendre la forêt et revenir. Mais là où je vais, c’est trop dangereux pour les jeunes Pousses comme toi. Reste ici. Augmente ton contact avec la Grande Vie. Elle affûte tes sens et. Elle te renforce. Et un jour, je te le promets, tu viendras protéger la Forêt avec moi.

Klettawa court et disparaît bien vite, laissant Nilin-e éclater en sanglots.


À suivre…


1Abrégé Nilin-e

2L’équivalent de « bordel de merde », probablement.

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